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next.liberation.frLe son du jour #293 : narcotique comme Philippe Cohen Solal - CulturePar François-Xavier Gomez2-3 minutes

Dans les années 1840, une étrange société mêlant psychiatres et poètes se réunissait nuitamment dans un hôtel particulier de l’Ile Saint-Louis à Paris pour goûter «une drogue merveilleuse […] qui a la propriété de procurer des hallucinations éblouissantes», décrit Théophile Gautier dans sa nouvelle le Club des Hachichins. Car c’est bien de haschisch importé d’Afrique du Nord qu’il s’agit. Baudelaire était de la partie et Philippe Cohen Solal, musicien, producteur, cofondateur de Gotan Project, s’est plongé dans l’univers de l’auteur des Fleurs du Mal pour réaliser Paradis Artificiel(s), un disque au croisement de la création électronique et de l’histoire littéraire. Le premier extrait, A celle qui est trop gaie, est un poème d’ivresse, non pas cannabique mais charnelle, qui valut à son auteur procès et censure. Il fait partie des six textes «maudits» des Fleurs du Mal puisqu’ils restèrent interdits un siècle durant, jusqu’en 1947.

Prisca Lobjoy, auteure des installations visuelles en noir et blanc qui contribuaient à l’atmosphère unique des concerts de Gotan Project, a réalisé un court métrage où les fleurs (du mal ou pas) se dédoublent au gré des glitches, ces vidéo-distorsions aléatoires qui altèrent les formes et les couleurs. Créant un dérèglement, une ivresse, comme si la caméra avait elle-même fumé un joint (et c’est peut-être le cas). Philippe Cohen Solal s’y promène en costume de dandy de la monarchie de Juillet, croisant deux nymphes chantantes au charme vénéneux, Edie Blanchard et Alice Lewis. Une introduction idéale à un disque dont nous reparlerons.

Paradis artificiel(s) (Ya Basta!) Sortie le 12 octobre

François-Xavier Gomez

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